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Quelle vue !
Installés depuis quelques jours à Argentière au camping des Chosalets, Caro, JJ, Thié et moi avons déjà réussi quelques belles courses malgré une météo capricieuse.
Pour permettre à Thierry d’encore gravir deux sommets avant son retour en Belgique, nous décidons de monter au refuge du Couvercle pour deux nuits, avec l’intention de réaliser les ascensions du Moine et de la Nonne.
La Mer de Glace depuis le Montenvers.
La montée au refuge se déroule sans encombre et, depuis sa terrasse, nous passons une belle après-midi à admirer le paysage somptueux dominé par les Grandes-Jorasses qui, paradoxalement, nous semblent si proches mais tellement inaccessibles.
JJ dans les échelles sous le refuge.
Le refuge d'hiver et son couvercle
Vue directe sur les Jorasses depuis la terrasse du refuge
Le Moine, première
Après une soirée dans la salle hors-sacs, en compagnie de cristalliers peu discrets, nous dormons du sommeil du juste et c’est bien frais que nous entamons l’approche du Moine au petit matin.
Tranche de vie dans la salle hors-sacs
hié découvrant l’alpinisme et JJ ne se sentant pas d’attaque pour l’arête sud, c’est par la voie normale que nous envisageons d’atteindre la cime. Nous passons le pied de l’arête orientale et remontons le petit glacier du Moine dont nous franchissons rapidement la rimaye bien bouchée. De là, nous nous engageons à corde tendue dans un petit couloir en rochers brisés, d’abord très facile mais qui se redresse de plus en plus. Arrivés au pied d’un ressaut rocheux de quelques mètres de haut, nous décidons de tirer une longueur. Pour franchir l’obstacle, j’ai le choix entre un petit dévers avec bloc coincé ou une dalle raide et trempée rayée par une fissure en son centre. Ayant quelques appréhensions sur la stabilité du bloc coincé, je choisis la dalle. Rapidement, je me rends compte qu’avec les grosses ce ne sera pas du gâteau mais il est trop tard pour renoncer. Je place un premier friends et coince les pieds dans la fissure. J’avance péniblement et place une deuxième protection, puis suis obligé de quitter la fissure qui se referme pour m’engager dans la dalle. L’eau ruisselle de partout, les mains tiennent à peine et les pieds glissent. Je cliffe un vieux piton rouillé et poursuit … Au bout de quelques minutes d’angoisse j’atteins enfin le sommet de la dalle et peux poursuivre jusqu’à un bon becquet pour faire relais.
C’est à Caro de s’engager dans le passage. Elle merde à son tour et arrache même la pipette de son camelback ce qui ajoute encore un peu de flotte à celle qui s’écoule déjà naturellement. Lorsqu’elle me rejoint au terme d’un bel effort, il nous paraît évident que ni Thié en tête, ni JJ en second ne passerons… Nous tapons donc un rappel et les rejoignons. Entre-temps, deux anglais qui nous suivaient nous ont rattrapés. Ayant assisté au show, ils décident de tenter le coup par le petit dévers qu’ils franchiront tous deux mais au forceps. Ensuite ce sont deux espagnols qui nous rejoignent et nous doublent par le dévers. En voyant leur aisance, nous comprenons de suite qu’il s’agit de grimpeurs d’un autre niveau et apprendrons plus tard qu’ils venaient s’acclimater au Moine avant d’aller gravir l’éperon Walker aux Jorasses. L’heure étant déjà bien avancée et le parcours semblant nettement plus difficile que le F du topo, nous décidons de faire demi-tour et entamons la descente en rappel sur becquets.
Revenus au pied de la face, nous observons une cordée qui descend du sommet et comprenons que le couloir emprunté ne faisait pas partie de l’itinéraire. Nous aurions dû le quitter bien plus tôt pour emprunter un cheminement complexe fait de vires et ressauts faciles à franchir.
Levé de soleil sur le Mont-Blanc
Rentrés au refuge, nous discutons sur le projet du lendemain et décidons de repartir au Moine puisque maintenant nous connaissons l’itinéraire.
Et c’est reparti pour un tour
Après une soirée et une nuit identiques à celles de la veille, nous repartons à l’assaut du Moine. Après quelques mètres dans le couloir, nous le quittons bien à droite et cheminons facilement même si quelques impasses nous obligent à faire demi-tour. Arrivés à moins de 100 mètres sous le sommet, voyant le mauvais temps arriver d’Italie, nous sommes contraints rebrousser chemin. Malgré nos efforts pour ne pas traîner, l’orage semble aller beaucoup plus vite que nous !!
Auto-portrait du photographe bien avant l'orage ...
Nous tapons des rappels pour éviter de faire un long détour à gauche, mais perdons finalement pas mal de temps avec les manips. Cette fois il y a de l’électricité dans l’air … Dernier rappel, nous sommes dans la neige, avalons la corde et pan … L’orage se met à frapper l’arête sur notre gauche. Thié et moi battons le record du monde de lovage de corde et descendons le glacier à toute allure. Arrivés au pied, nous retrouvons JJ et Caro qui avaient déjà commencé la descente. La pluie et les grêlons nous fouettent et au bout d’un bon quart d’heure de marche, nous arrivons complètement trempés au refuge.
L’erreur
L’orage étant passé et la météo annonçant du mauvais temps pour les prochains jours, à peine secs, nous décidons de partir illico presto pour le Montenvers. Au bout d’une quinzaine de minutes, nous réalisons l’erreur commise. Barré par la Verte, l’orage a fait demi-tour et il nous surprend alors que nous arrivons aux échelles. Que faire ? Demi-tour dans la tourmente ou prendre le risque de parcourir les échelles sous l’orage ? Je ne sais pas pourquoi mais nous choisissons la deuxième solution qui aujourd’hui encore me paraît pourtant la moins raisonnable. Arrivés aux échelles c’est l’enfer. En plus des grêlons qui tombent drus, des torrents coulent sur la falaise et nous avons plus l’impression de faire du canyoning que de la via ferrata. J’ai les boules mais heureusement, au terme de plusieurs minutes d’angoisse nous débarquons tous les quatre sur la mer de glace. Pas question de s’encorder, il faut filer au plus vite. Pendant plus d’une heure, nous serons encore secoués par l’orage qui ne se calmera finalement qu’au pied des échelles du Montenvers. Ce sont quatre zombies que les rares touristes présents à la gare verront arriver.
Nous n’aurons finalement gravi aucun des ecclésiastiques, mais au moins nous savons que nous avons un ange gardien !
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Ecrit par Manu le 2006-09-23 03:11:51 Trop cool la photo de Thie |
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