La traversée du Tour Noir - Une hivernale en plein étéSacré météo10 juillet 2005. Six jours ! Cela fait pratiquement une semaine que nous sommes bloqués dans la vallée par le mauvais temps qui sévit sur les Alpes. Ce matin, le bulletin météo annonce enfin une amélioration pour les trois prochains jours. Comptant en profiter à fond ? à fond !, Caro, JJ et moi décidons de rejoindre aujourd’hui même le refuge d’Argentière (2771 m) d’où nous tenterons de gravir le Tour Noir (3837 m) le lendemain et l’Aiguille d’Argentière (3902 m) le surlendemain.
Un formidable nid d’aigleLes sacs rapidement bouclés, nous filons prendre le téléphérique des Grands Montets, qui en une demi-heure à peine nous emmène au col homonyme à 3233 m. C’est toujours un plaisir de débarquer sur ce nid d’aigle idéalement situé au pied de l’imposant versant Nant Blanc de la Verte, juste en face du splendide et effrayant couloir nord des Drus.
Photo 1. Les Drus depuis le col des Grands Montets. Etant assez coutumiers de l’endroit, nous ne nous y attardons point et rapidement équipés, entamons la descente du glacier des Rognons. Le mauvais temps des derniers jours a déposé une épaisse couche de poudreuse qui rend la descente délicate car elle dissimule les profondes crevasses qui parsèment ordinairement ce glacier. Finalement, au bout de 3 heures de marche, nous atteignons sans encombre l’accueillante terrasse du refuge d’Argentière où nous passerons l’après-midi à admirer les avalanches qui dégringolent dans les redoutables faces nord du bassin d’Argentière (Verte, Droites, Courtes, Triolet).
Photo 2. Drôle de temps sur les faces nord du bassin d’Argentière. Renseignements pris auprès du gardien, il nous semble raisonnable d’envisager la traversée du Tour Noir malgré l’importance du manteau neigeux, mais par contre sur l’Aiguille d’Argentière, seule la voie normale paraît accessible. La jugeant moins intéressante que la traversée initialement envisagée, nous confirmons notre choix de débuter par le Tour Noir. Après un bon souper, nous rejoignons le dortoir vers 21h et passons une coutre nuit très chahutée. 
Photo 3. Le refuge d’Argentière et le Tour Noir depuis le glacier d’Argentière. Photo 4. Marmotte sous la terrasse du refuge.
Photo 5. Un guide ??? L’approche et le couloirLevés à 4h, nous quittons le refuge vers 4h30 et cheminons assez rapidement dans les éboulis qui dominent le refuge. JJ, qui a été réveillé plusieurs fois durant la nuit, ne semble vraiment pas dans son assiette et à 5h lorsque nous prenons pied sur le glacier des Améthystes, il décide de faire demi-tour. Caro et moi poursuivons et sommes obligés de faire la trace pour deux anglais qui ne nous doublent que juste au pied du couloir d’attaque. Celui-ci, qui en conditions normales est en neige et présente une pente moyenne de 35°, est cette fois bien plus raide et partiellement en glace. Après avoir laissé une distance de sécurité suffisante entre les anglais et nous, je m’engage à mon tour dans le couloir et décide, compte tenu de son état, de tirer une première longueur de 50 m protégée par des broches à glace. Je progresse assez rapidement et rattrape les anglais qui avancent péniblement à corde tendue. J’installe mon relais en-dehors de l’axe du couloir et fait monter Caro qui me rejoint au moment où, quelques dizaines de mètres au-dessus de nous, les anglais choisissent de bifurquer à droite dans un couloir secondaire plutôt que de poursuivre dans le principal. Nous reprenons l’ascension, cette fois à corde tendue, et contrairement aux anglais, prenons la branche principale où nous cheminons d’un pas régulier malgré la neige profonde qui nous use les mollets. 
Photo 6. Le couloir d’attaque sur la gauche de l’image et le sommet dans la brume à droite. Des spectresAlors que jusqu’ici la météo semblait très correcte, le vent se lève et des nuages se mettent à tourbillonner autour de nous. C’est la grande ambiance lorsque nous débouchons sur l’arête nord à 3690 m. Des masses de neige soufflée remontent le versant Saleina et viennent créer une brume légère où apparaissent soudain nos fascinants spectres de Brocken (nos ombres sont projetées dans le ciel au sein d’un halo lumineux). Le froid assez intense ne nous invite pas à musarder et après une courte pause, nous commençons à gravir l’arête terriblement plâtrée. Très rapidement, nous retrouvons, doublons et larguons les anglais qui ont l’air exténué. La neige est vraiment foireuse et je décide à nouveau de tirer des longueurs pour plus de sécurité. Finalement, au terme de 5 h 30 d’effort, nous foulons la cime vers 10h. Tout est blancInquiets par le temps qui ne s’améliore pas, nous décidons d’entamer la descente au plus vite. Réputé difficile à trouver, l’itinéraire est excessivement bien décrit dans notre topo, mais l’épaisse couche de neige a gommé tous les points de repère qui y sont cités. Il est par exemple noté que nous devons entamer la descente sous la plaque commémorative du sommet en suivant une arête en rocher blanc. Pour nous tout est blanc et la plaque totalement invisible … C’est donc au jugé que j’entame la descente au milieu de coulées de neige qui commencent à partir dans les couloirs. Face au risque non négligeable d’en voir une d’entre-elles nous balayer, je décide à nouveau de protéger la descente en tirant des longueurs. Nous cheminons lentement mais sûrement dans une ligne de couloirs et de petits ressauts et trouvons les caractéristiques « vires Javelles » qui coupent toute la face sud-est environ 120 m sous le sommet. Bingo c’est la sortie ! Je crie aux anglais sans topo et paumés qu’ils peuvent suivre nos traces, puis file vers une brèche bien visible dans l’arête sud. Il est 13h et je sais enfin que les difficultés majeures sont derrière nous. Nous descendons un dernier raide couloir neigeux et prenons pied sur le glacier du Tour Noir à hauteur du passage d’Argentière (3620 m). Les gamelles du retour Après une pause bien méritée, nous entamons la descente en nous méfiant des ponts fragiles qui couvrent certaines crevasses. Malgré toute notre vigilance, un de ceux-ci cède sous mes pieds, mais ouf je chope la lèvre du gouffre avec mon piolet et m’en tire juste avec une bonne frayeur et une broche et un moustif perdus au fond du trou. Vers 15 h, nous prenons enfin pied sur la langue terminale du glacier des Améthystes et cheminons dans les éboulis qui doivent nous ramener au refuge. Caro, qui relâche son attention, bascule alors sur un bloc instable et fait une lourde chute. Elle se relève péniblement et souffre terriblement du coccyx. Nous n’atteignons finalement le refuge que vers 17h et fêtons la réussite du sommet avec une bonne chope et un coca même si nous savons que l’accident de Caro sonne la fin de nos projets alpins pour cette année. Vers 18h30, les anglais arrivent enfin au refuge où ils récupèrent leur matos et repartent vers la vallée conscients que leur niveau technique était vraiment limite pour effectuer cette course dans ces conditions. Nous, nous décidons de passer la nuit au refuge et ne rejoindrons JJ au camping que le lendemain en fin de matinée. 
Photo 7. Un autre guide ??? Non l’auteur de l’article.
Photo 8. Peut-être que la tête avait aussi pris un coup ? Informations techniquesLieu : Massif du Mont-Blanc. Point de départ : refuge d’Argentière (2771 m) ; 2 - 3h du col des Grands Montets. Difficulté : III/PD+ mixte ; couloir de neige à 35° sur environ 150 m, suivi d’une arête facile (rochers demandant de l’attention, passages d’escalade en 3b). Sens de l’itinéraire à la descente. Horaire : du refuge au sommet : 5h. Descente : 3 h. Dénivellation : 1066 m. |
Ecrit par caroline le 2007-02-24 03:17:17 ma tête n'avait pas pris de coup. Par contre, ce qui vaut le coup d'être vu/expérimenté 1x dans sa vie c'est le spectre de Brocken! |
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